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 [Tizi-chou] I know I'm not the center of the universe But you keep spinning round me just the same

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MessageSujet: [Tizi-chou] I know I'm not the center of the universe But you keep spinning round me just the same   Lun 29 Mai - 17:14

I know I'm not the center of the universe
But you keep spinning round me just the same
Tiziri & Kieran



Il devait sans doute perdre la tête, c’était l’unique raison suffisamment logique pour expliquer que ces derniers jours, pour ne pas dire les deux dernières semaines, qu’il avait le sentiment étrange de la reconnaître dans la foule de Lakeview. C’était déjà frôlé la psychose que d’utiliser un terme comme « meute » en parlant du nombre d’habitants du coin, mais allez savoir, dès qu’il avait ce sentiment étrange de la croiser, Kieran se retrouver comme pris dans un étau, à devoir traverser une marée noire de gens. Les coïncidences étaient trop grandes, trop nombreuses, pour qu’il n’en vienne pas à se demander, à juste titre, s’il ne commençait pas simplement à perdre la boule. C’eut été l’évolution logique de ces derniers événements qui peuplaient son existence; Kieran avait volé trop haut, flirté avec le soleil et voilà qu’il en payait les conséquences. Il aurait du se douter que l’euphorie, la joie de vive, n’était pas quelque chose pour quoi il était taillé. Sa vie était semée d’embuches, quand bien même il croyait enfin éviter les problèmes, il se retrouvait à plat ventre dedans, alors il aurait du savoir que son exaltation de ces derniers temps aurait un prix, que ça lui coûterait cher.. Mais pas à ce point. C’en devenait obsédant, à ce point tel de non-retour qu’il en venait même à se réveiller la nuit, en sueur, des images qui entremêlaient souvenirs réels et inventions infondées, dans son esprit tourmenté. Les insomnies ne tardèrent donc pas à refaire leur apparition, quand elles avaient fini par diminuer pour n’être plus que de lointain souvenirs. Il aurait pourtant du s’y préparer, parce qu’elle refaisait surface dans sa vie, aussi régulièrement qu’un asthmatique prenait son insuline, pourtant cette fois-ci, Kieran avait eu l’espoir indicible que sa nouvelle situation, la reprise de sa vie entre ses mains, arrangerait les choses; qu’elle cesserait d’exister dans son esprit, comme elle avait cessé d’exister dans le monde. Pourtant, ça ne fonctionnait pas ainsi et l’écossais se retrouver victime d’hallucinations qui le poussait, plus que d’ordinaire, à trouver refuge chez sa mère.

C’était la maison de sa jeunesse, mais désormais elle se dressait comme un refuge, comme un asile aussi pour soigner sa démence naissante. Éloignée de la ville, perdue au fin fond d’un de ces quartiers où les gens se parlaient encore avec un brin de paille dans la bouche, à croire qu’un trou noir planait au-dessus de ces champs et de ces fermes leur laissant un retard de quelques années sur la mode actuelle. Et Kieran se renfermait entre les murs de sa vieille chambre d’adolescent, persuadé que son stress de ces années de journaliste de guerre lui sautaient à la gueule sans le prévenir. Il en aurait chialé, les premiers jours, à tourner en rond en se tapant sur les tempes, se répétant qu’il ne faisait que rêver, qu’il crée tout ça dans son esprit malade simplement pour se trouver une bonne excuse pour fuir la réalité un peu trop agréable, un peu trop enivrante. Et personne ne parvenait à lui dire quoique ce soit pour le raisonner, simplement parce que Kieran était incapable d’expliquer, concrètement, ce qui pouvait le mettre dans un tel état. A part peut être Artie. L'approche des vacances scolaires lui offrait plus de temps et loin de vouloir se débarrasser de son père pour profiter du temps de tranquillité avant sa rentrée prochaine, il s’entêtait à contacter Kieran, pour tenter vainement de le pousser à sortir..

Jusqu’à y parvenir.
Ce matin-là, l’écossais s’était réveillé avec une dose de courage réchauffant ses organes, alimentant suffisamment son cerveau et endormant ses craintes pour qu’il trouve la force de sortir de chez sa mère. Ça n’avait pas été simple, il ne faisait que chercher des excuses pour rester, mais devant l’inévitable, Kieran avait accepté de venir traîner sur le campus pour pouvoir retrouver le gamin après une visite pour ses études futures - avec l'un des fils, encore étudiant, de Roderick -, sans doute, et profiter d’une pause pour grignoter un morceau. Le plan parfait, il n’aurait pas à rester toute la journée dehors et puis, quelque part, il espérait bien pouvoir pourchasser cette illusion et la faire cesser.

Et elle ne se présenta pas. Depuis dix minutes qu’il se déplaçait dans Lakeview, Kieran ne fut sujet a aucune hallucination; ce fut suffisant pour qu’il se permette de respirer, tranquillement, détendu. Et puis le bruit d’une sonnette de vélo, l’obligeant à s’écarter pour suivre le fou du guidon d’un regard mauvais avant de croiser le sien, encore. Différemment, comme si elle, de son côté, le remarquait pour la première fois. Il sut que ce n’était pas une folie de son cerveau malade, pourtant ça n’avait pas suffisamment de sens pour qu’il accepte la réalité de cette vision. Peut être qu’elle ne faisait que lui ressembler, mais c’était bien trop gros pour qu’il se contente de ça. Il fit un pas en avant, sans la quitter des yeux, tandis qu’elle en faisait deux en arrière. Mauvaise scène d’un film à petit budget trop niais; ne manquait plus qu’un peu de pluie pour en ajouter au ridicule de la situation. Kieran n’hésita plus et finit par la rattraper sur le campus, sa main qui vint se poser sur son épaule pour l’obliger à se retourner, regard bleu perdu dans le néant de sa chevelure noire. « Excusez moi mais.. Vous ressemblez à quelqu’un.. » que j’ai connu.. Ses doigts restèrent sur le tissu de son haut, terrifié qu’elle s’évapore s’il lâchait, terrifié et impatient qu’elle se tourne. Si ce n’était pas elle, alors il pourrait respirer et reprendre son chemin, tranquillement; elle reprendrait sa place de souvenir agréable et douloureux.  


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MessageSujet: Re: [Tizi-chou] I know I'm not the center of the universe But you keep spinning round me just the same   Lun 29 Mai - 20:03


Il lui arrivait d'en rêver la nuit. Bien plus souvent que lorsqu'elle était encore sur place. Lorsqu'elle parvenait à fermer l'oeil du moins. Depuis qu'elle vivait à Lakeview, elle aurait presque pu compter les heures de sommeil qu'elle avait réussi à accumulées. Pas grandiose, et à la vérité, elle était parfois totalement désespérée... Elle avait cru - à tort - que de changer de pays, changer de vie, s'éloigner de ses sombres souvenirs, de son passé tourmenté, pourrait l'aider à repartir de zéro, à apaiser son âme. Mais la réalité était tout autre, et Tiziri en arrivait parfois à regretter ses années dans les camps de guerre. Là-bas au moins elle savait à quoi s'attendre. Jamais elle n'avait songé à mieux. Mais de cette nouvelle ville, neutre, loin de son monde, loin de tout ce qu'elle avait déjà connu, elle attendait mieux.

De même, bien qu'elle appréciât la famille syrienne avec laquelle elle vivait, elle se sentait étouffer, suffoquer. Habituée à vivre au milieu d'autres personnes, à partager des tentes, des repas, des toilettes, elle avait cru pouvoir trouver sa place parmi cette famille sans difficultés. La vérité c'était que depuis son arrivée en Amérique, elle ne rêvait que d'une chose : pouvoir s'isoler, se retrouver avec elle-même, avancer en solo, pour une fois. Pour la première fois. Mais à l'heure actuelle, cela relevait plus de l'idylle que du possible. Elle-même savait pertinemment qu'elle avait besoin des autres pour se sentir vivante, et jusqu'ici, c'était Naina qui avait joué le rôle de son ancre, ainsi que son travail.

La jeune femme s'était cru contrainte d'abandonner l'enseignement définitivement lorsqu'elle avait lancé sa carrière de traductrice, mais ce retour aux sources était une bénédiction, l'une des rares choses qui faisait qu'elle tenait le coup, malgré la fatigue, malgré son mal du pays et toutes ses images qui l'assaillaient sans cesse.
Evidemment elle souriait et avançait sans broncher dans cette vie, parce que c'était ainsi qu'elle avait toujours été, mais parfois, elle aurait voulut pouvoir céder... rien qu'un instant. Tout envoyer valser.

Ce jour là encore, elle avait quitté la maison aux aurores, incapables de demeurer une minutes de plus entre ces murs. Il n'était d'ailleurs par rare qu'elle sorte ainsi chaque matin et profite du lever de soleil au dessus des vallons qui accueillaient le lac en leur sein. Ces moments privilégiés dans le silence de la nature lui rappelaient son pays chéri, lorsqu'enfant, elle grimpait des heures jusqu'au en haut des falaises pour contempler l'horizon se teinter de milles couleurs. Elle était toujours émerveillée par cette beauté éphémère, et elle avait très vite compris que contrairement à cette beauté, la douleur et la mort n'avaient rien de temporaires. Ils étaient, à bien des égards, éternels et infinis.

Tiziri s'était arrêtée pour prendre un café sur le chemin avant de se rendre à son cours. Tout s'était bien déroulé, et elle s'étonnait encore de la curiosité de certains pour sa matière.
Une fois libérée, elle avait prévue de rester manger directement sur le campus. Elle ne savait pas encore si elle passerait voir Naina à son retour... l'indienne était l'une de ses rares amies. La seule du moins avec qui elle appréciait passer du temps et discuter... Son colocataire était un type sympa aussi, avec qui la jeune femme n'avait cependant encore jamais réellement pris le temps d'échanger.
Elle marchait en direction de la cantine où se rassemblaient professeurs et étudiants, faisant signe à l'une de ses collègue qu'elle venait de repérer.
Son regard dévia légèrement tandis qu'elle souriant. Un sourire qui disparu lorsque ses yeux croisèrent les siens.

Elle se figea, ne voyant plus que lui. Le monde autour d'elle semblait s'être arrêté de tourner, et les silhouettes disparaissaient dans un flou artistique presque effrayant.
Tiziri crut d'abord qu'elle rêvait. Pourtant ce regard... ce ne pouvait être celui de quelqu'un d'autre. Elle aurait reconnu ses iris azur parmi des milliers, cet air triste sur ses traits, mélancolique et pourtant si plein d'un charme unique... Elle l'avait toujours trouvé beau, aussi loin qu'elle s'en souvenait. Seulement c'était loin, justement. Et il ne pouvait pas être là.

Perdue dans ses pensées, elle sursauta soudain, reculant presque instinctivement alors qu'il esquissait un pas vers elle. Une panique sourde la gagna et elle ravala la boule qu'il s'était formée dans sa gorge avant de retourner se fondre dans la foule et tenter d'oublier...

Son corps entier se tendit lorsqu'elle sentit la brûlure de sa paume sur son épaule. Sa voix, si lointaine et pourtant si familière, résonna par dessus le brouahaha environnant et fit écho à ses souvenirs. Elle sut alors qu'elle ne rêvait pas. Et surtout qu'elle ne pouvait pas lui échapper... Mal à l'aise, son coeur tapant comme un fou dans sa poitrine, elle osa finalement pivoter pour lui faire face. Elle demeura muette quelques secondes avant d'esquisser un minuscule sourire. « Bonjour Kieran. » C'était comme un mirage, comme une scène qui se répète sans cesse, en continu, sans pause... toujours la même. « Je crains que celle que tu cherches n'ait disparue... Voilà des années maintenant... »


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MessageSujet: Re: [Tizi-chou] I know I'm not the center of the universe But you keep spinning round me just the same   Mar 30 Mai - 0:16

But you keep spinning round me just the same
Tiziri & Kieran



Le sol aurait pu s’ouvrir sous ses pieds, que ça ne l’aurait sans doute pas sorti de sa torpeur, plus encore, de sa tétanie. Parce qu’à la seconde où ses doigts s’étaient refermés sur cette épaule, la douleur de la sensation des os sous cette peau fine contre la sienne, Kieran avait le sentiment désagréable qu’il ne pourrait plus se détourner, qu’il n’aurait d’autres choix que de continuer d’aller de l’avant, sans possibilité de retour. Si elle se retournait et qu’il s’agissait bien d’elle, alors tout n’aurait été que mensonge et tout ce travail de deuil n’aurait été que du vent, une excuse bidon, pour sortir de chez lui, deux fois par semaine, dans le but de rencontrer un autre être humain que celui dans le miroir de la salle de bain. Et qu’est-ce qu’il lui avait fais peur, à cette époque, quand il avait reçu ce fameux mail lui annonçant la disparition de Tiziri. C’était encore là, gravé dans sa mémoire, la sensation de désarroi absolu qui lui brûlait encore la poitrine alors qu’il s’entêtait à relire tous leurs échanges, dans l’espoir fébrile, idiot, de trouver un quelque chose qui pourrait le laisser espérer qu’on s’était trompé. S’ils savaient, tous, le temps qu’il avait mis à pouvoir sortir de son lit, sans cette sensation de lourdeur qui finissait, toujours, par vaincre et l’obliger à se remettre sous la couette, emmitouflé dans son cafard, terrassé par son chagrin. Et toute cette hypocrisie qui l’avait hanté, si longtemps qui, encore aujourd’hui, lui bouffait des petits morceaux de son âme. De son vivant, Kieran s’était entêté à lui tenir tête, à la traiter comme n’importe quel être humain qui passait dans sa vie.. Ce n’était que la distance qui les avait rapproché, dans cette relation épistolaire, même s’il s’agissait de courriers virtuels plus que de papiers sur lequel coucher ses états d’âme et pourtant.. Pourtant c’était dans cette mort mystère, jamais prouvée, infondée, que Kieran s’était attaché à elle, ou au souvenir qu’elle lui avait laissé, impérissable. Avant de revenir à Lakeview, de reconstruire sa vie, de rencontrer Karen et ce petit monde qui peuplait la ville, l’écossais était en passe de tomber amoureux d’un fantôme. Peut être même que c’était réellement arrivé, mais il aurait fallu qu’il soit plus lucide pour déterminer avec précision ces choses-là.

Et son état d’esprit actuel était bien loin de s’approcher d’une quelconque lucidité, il avait d’ailleurs plutôt l’impression de planer, d’avoir pris une substance illicite à son insu et d’en subir les effets. C’était la seule manière logique, ou presque, qu’il avait pour s’expliquer comment une telle scène était possible dans la réalité. Il aurait voulu croire, encore un peu, qu’il hallucinait mais elle s’était retournée. Et c’était la chose la plus terrible qui soit, alors que ça aurait sans doute du être le meilleur moment de sa vie, une surprise des plus merveilleuse. Serrant son poing contre sa bouche, retirant sa main de son épaule dans un geste vif, le contact brûlant devenant insupportable, Kieran se mordit la peau de l’index pour se retenir de lui envoyer une gifle. Par réflexe. Par surprise. Par accablement total. Ce qui aurait du le mettre en joie, ponctuer ces derniers mois d’une touche d’euphorie, menaçait de le mettre à terre, un peu plus violemment qu’à la lecture de ce fameux message lui annonçant sa disparition. Hypocrisie, encore et toujours; il s’était accroché à l’espoir et maintenant qu’il se matérialisait, Kieran n’en voulait plus. S’il n’était pas cardiaque, cette femme devant lui mettait son coeur à rude épreuve, parce qu’il se sentit blêmir, un regard hébété sur sa main encore chaude du contact.

Le coup de grâce; sa voix. L’intonation, le timbre, les mots prononcés. Il en oublia, quelques secondes, qu’il ne s’agissait que de son propre prénom, mais à ce stade Kieran semblait oublier jusqu’à sa propre identité, jusqu’aux apprentissages basiques comme la marche, la parole, la respiration aussi. Souffle saccadé, il s’obligea à reprendre une inspiration longue, pour remplir ses poumons douloureux, avant de reposer son regard sur elle. S’il n’avait pas été si sonné, il aurait pleuré, parce qu’elles étaient là, les larmes traîtresses, au fond de sa gorge mais quelque chose semblait les bloquer, lui laissant suffisamment de contrôle pour ne pas s’effondrer totalement.

« Et pourtant.. Sourcils légèrement froncés, dans une expression de tristesse et d’incompréhension plus que de colère, il était incapable de prononcer son prénom. Trop réel. Je crois bien la voir là, devant moi. » Peut être que c’était une tentative d’humour de l’univers, dans ce cas il fallait songer à une reconversion parce que c’était douteux, mais il avait suffit que Kieran cesse de la chercher, de vouloir la retrouver, pour qu’elle se pointe là. Comme une fleur, ou presque. « Désolé.. » Le mot s’échappa de ses lèvres, dans un naturel presque terrifiant. Il aurait voulu lui dire qu’il était enchanté de la voir, mais ç’aurait été mentir et Kieran n’était pas bon menteur. Il aurait souhaité lui demander comment elle se portait, mais à cet instant elle lui semblait aller bien mieux que ce qu’il avait pu imaginer pendant des années, mieux que lui. Il aurait peut être fallu qu’il lui demande pourquoi Lakeview.. Mais rien de tout ça ne passa ses lèvres, seulement ce besoin presque viscéral de s’excuser, parce qu’il avait abandonné, récemment, l’idée qu’elle soit encore vivante. Parce qu’il l’oubliait, parfois. Parce qu’il ignorait, surtout, comment réagir alors qu’elle était bien là, en face de lui et, surtout, parce qu’il était incapable de prononcer son prénom et d’agir peut être plus normalement.. Bien que rien, dans cette situation ne semblait normal, encore moins logique.
Elle venait de terrasser ses tentatives de deuil, en un quart de seconde. Comme ça. La seconde d’avant il imaginait une tombe vide, quelque part dans un cimetière au Liban. Celle d’après, elle tentait un sourire en le regardant. C’est cruel.  


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MessageSujet: Re: [Tizi-chou] I know I'm not the center of the universe But you keep spinning round me just the same   Jeu 22 Juin - 0:40


Le destin... C'était une belle connerie. Un mensonge inventé pour faire croire aux gens que leur vie avait un sens. Alors qu'en réalité... pas du tout. Aucune vie n'a de sens. Aucune âme solitaire n'a d'intérêt. Et ces histoires de destin, racontées aux enfants pour calmer leurs craintes, ou aux adultes au désespoir, n'avaient jamais eut plus de foi aux yeux de Tiziri que les coïncidences. Même veine. Même magistrale fumisterie. Elle n'était pas plus destinée à vivre dans des camps militaires que son fils avait été destiné à partir trop tôt. C'était arrivé, voilà tout. Elle ne se consolait pas en se mouchant dans les replis de soie du destin ou du sort. Ni même en imaginant ceux qu'elle aimait aux côté d'Allah. Parfois, elle n'était même pas sûre de croire en lui, encore. Y avait-elle même cru un jour ? Ou n'était-ce, ça aussi, qu'un effet de société, qu'une évidence sans fondement suivi tout naturellement parce qu'autour d'elle, les choses allaient ainsi ? Elle était incapable de répondre. Tout ce qu'elle savait, c'est que rien n'avait jamais pu ni su la consoler. Elle avait vécu ses deuils comme on vit sa vie entière : seule avec soi-même.

Et pourtant... pourtant il était là. Lui. Lui que jamais elle n'avait pu nommer destin. Et lui que ce soir, elle avait envie d'associer à cette force à laquelle elle n'avait jamais cru. Lui qui, d'un regard, d'un contact, brisait ses convictions, mettait à terre le peu de croyance qu'elle imaginait encore avoir, réduisait en cendres ses espoirs de pouvoir un jour reprendre le cours d'une vie simple, banale, et non plus noyée dans ce passé qui la dévorait à chacun de ses pas.
Il était . Comme s'il n'était jamais parti. Comme s'il avait été toujours été à ses côtés... C'était ainsi pourtant ; elle ne l'avait jamais oublié. De l'instant où ils avaient cessé de correspondre... celui où elle avait disparu, jusqu'à cet instant là, où il la fixait avec ces surprise mêlée d'incompréhension et d'un autre chose d'indescriptible... il n'avait pas quitté ses pensées. Elle se souvenait de chaque détail, de chaque sourire, de chaque dispute, de toutes leurs folies... Avec lui, pendant un temps, elle n'avait plus été seule. Etrangement, il l'avait toujours fait se sentir entière. Même à leurs houleux débuts... Mais là, alors qu'il se tenait face à elle, Tiziri ne savait plus. Se sentait-elle entière ? Se sentait-elle seule ? Plus que jamais, elle avait l'impression de perdre le contrôle. Et c'était un sentiment aussi désagréable qu'excitant.

Elle avait sourit, presque par instinct. Instinct de survie, instinct de protection. Que faire d'autre si ce n'était fuir ? Elle n'avait jamais fuit devant rien, cela n'allait pas commencé aujourd'hui, bien qu'au plus profond d'elle, ce sentiment la démangeait. Kieran était plus qu'une ancienne connaissance ou un lointain souvenir. Il était une part d'elle, une couleur de son âme, une mélodie apaisante dans son esprit... Kieran elle s'était résignée à ne jamais le revoir, à ne plus pouvoir l'admirer, le toucher, l'écouter... Pourtant sa voix brisait à son tour le silence de leur duo. Il répondait à sa remarque... celle qui disait qu'elle n'était plus celle qu'il avait connue. Un mensonge autant qu'une réalité, qu'elle même n'avait pas vu venir, ou ne pouvait se résoudre à totalement accepter...

Elle le regarda d'un air triste, alors qu'il était désolé. Désolé de quoi ? Désolé de ne pas accepter ce qu'elle lui affirmait ? Désolé d'être là, de réduire à néant ses chances d'un jour réussir à l'oublier ? Désolé de l'avoir arrêtée, de lui faire face ainsi... Allait-il tourner les talons et s'en aller en s'excusant finalement, en disant qu'il l'avait confondue avec une autre ? Une part de la jeune femme le désirait profondément, lorsqu'une autre hurlait de plus en plus fort de se jeter dans ses bras. Pour s'assurer qu'il était bien lui, bien là. Pour se perdre dans cette étreinte qu'elle n'avait étrangement auparavant jamais réellement partagé avec... personne, en vérité. Pour s'ancrer à quelque chose et rêver, l'espace d'un instant, d'un contact, d'une caresse, qu'elle n'était pas seule. Qu'elle ne le serait plus jamais, tant qu'il restait à ses côtés...

« C'est à moi de m'excuser... je crois... » Elle n'avait jamais été douée pour les excuses. Généralement, elle ne s'excusait pas... Elle était faite ainsi. Guerrière, grande gueule. Et lorsqu'il s'agissait de faire preuve d'émotions, de s'ouvrir aux autres, elle tentait souvent de prendre exemple sur les autres, sans grand succès la plupart du temps... Alors là, devant Kieran, qui à bien des égards était celui qui lui ressemblait le plus sur ce bout de terre, devoir être cette version d'elle-même qu'elle ne maîtrisait pas, c'était une sorte de... cadeau. Une façon de lui montrer qu'elle était désolée. Et profondément sincère. « Kieran... » Son prénom résonna dans son âme, alors qu'elle déplorait l'air triste mêlé d'une étrange colère qui lui collait à la peau... « J'imagine qu'à tes yeux je suis morte, et tu as raison. Je ne suis plus celle que tu as connue... du temps a passé, des choses se sont passées, que je n'avais pas prévues... et...  » Se retrouver ici non plus, elle ne l'avait nullement planifié. Le mot 'destin' s'imprima derrière les paupières qu'elle venait de clore pour soupirer doucement. Elle rouvrit les yeux et hésita avant de finalement faire un pas vers son compagnon. « Si j'avais su que tu étais là, je serais venue te voir immédiatement. Seulement...» L'ignorait-elle réellement ? Était-ce une coïncidence ? Le destin ? Ou bien une lointaine, inexplicable et magique intuition qui avait guidé ses pas jusqu'ici ? Jusqu'à lui.


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MessageSujet: Re: [Tizi-chou] I know I'm not the center of the universe But you keep spinning round me just the same   Lun 26 Juin - 20:00

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Il ne croyait en rien, pas même en ses propres capacités, encore moins aux autres et pourtant, à cet instant précis où le passé et le présent se confondaient, il aurait voulu y croire, mais pas au Destin. Encore moins au Hasard. C’était là l’oeuvre d’un malin, d’un être dénué de compassion et d’empathie, sinon comment expliquer qu’on place, sur sa route sinueuse, la silhouette si délicate de cette créature reléguée au rang de mythe. Sa mère avait tenté, pendant tant d’années, de lui inculquer les préceptes religieux qui avaient nourri son enfance, sans qu’il ne l’écoute; aujourd’hui, Kieran semblait presque prêt à retourner la voir pour l’écouter, gamin docile bourré d’une volonté d’apprentissage pour un domaine qui ne l’avait jamais fasciné, que lorsqu’elle en parlait. Etait-ce un signe, un de ceux qu’on attendait jamais, une révélation qui invitait au changement, ce virage tant espéré qui aidait à prendre un nouveau départ, à commencer quelque chose de plus grand, de plus beau ? A moins que ce ne fut un ange. Dans un réflexe conditionné, Kieran se toucha le bras, à la pliure du coude où la chair était plus sensible, pour vérifier qu’il était bien éveillé ou, mieux, qu’il vivait encore. On lui racontait toujours, gamin, qu’au moment du dernier soupir, c’était un visage ami, une âme camarade, qui venait vous chercher pour rejoindre il ne savait quels autres cieux. Est-ce qu’on l’envoyait pour lui dire que c’était fini, qu’il pouvait, désormais, arrêter de se battre, de se débattre et de survivre, qu’il avait suffisamment donner et que, à cet instant, on lui offrait le repos éternel bien mérité ? Non. Si quelques années plus tôt, il avait confronté la mort un bon nombre de fois, qu’il l’avait parfois attendu sur son canapé, larve humaine, à cet instant précis il ne voulait pas. Mourir était son dernier souhait, parce qu’il lui semblait avoir, aujourd’hui, des êtres qui comptaient et dans sa vie et sur lui. Elle pouvait partir, alors. Que Tiziri disparaisse, si c’était là sa mission.. Mais qu’elle reste.. Encore un peu.
Surtout si elle était bien réelle.

Et elle l’était, il n’avait plus aucun doute là-dessus, même s’il espérait encore à un mirage, un enchantement d’une quelconque sorte. Elle était bien là et c’était le drame de son existence; briser ce qu’il venait de commencer à bâtir, rappelant à son présent un passé qu’il avait eu l’illusion de croire révolu. Ç’aurait été si simple, tellement plus facile, d’avoir la naïveté de croire ce qu’elle lui révélait et il aurait tant voulu être capable de dire amen à sa révélation mensongère. Si Kieran avait eu l’innocence nécessaire pour avaler les couleuvres qu’elle lui offrait, il aurait été tellement plus facile de se retourner, de s’éloigner et de continuer d’avancer dans une vie mal cousue. Il voulait la croire. Il voulait, sincèrement et avec tout son coeur, donner une certaine véracité à cette disparition, mais il en était incapable, chamboulé, remué jusqu’à la plus petite cellule composant son être tout entier.

Le déni, total. Sans même s’en soucier, ou en toute inconscience, elle réveillait en lui ce deuil qu’il avait eu à faire, le renvoyant à la première étape qu’il lui avait été si difficile de passer. Son état de choc semblait avoir mis la scène sur un état de pause généralisée; il en oubliait les gens alentour qui, eux, continuaient leur bonhomme de chemin, leur vie, sans imaginer le drame qui se constituaient autour d’eux. Sans prendre aucunement conscience de la tempête intérieure qui ruinait tous les efforts de Kieran, pétrifié par la Méduse lui faisant face. « Non.. Il parvint, dans un effort herculéen, à secouer la tête en levant un peu la main, sans trop remuer vraiment; à croire que la douleur émotionnelle se répandait dans tout son squelette.. Attends.. Encore un peu et il ne serait pas étonné de trouver sa peau marquée de bleus. S’il te plaît.. Plus elle en disait, moins il était certain de pouvoir le supporter. Il finit par se redresse, poussé par un courage sorti de nulle part. Tais-toi ! » Son éclat de voix sembla, enfin, heurter la bulle d’ignorance des âmes passagères autour d’eux. Quelques passants s’arrêtèrent, pour les observer, duo étrange, douloureux, avant de reprendre leur route, des ragots aux coins des lèvres. « Non. Tu ne serais pas venue me voir si tu avais su.. Je le sais, parce que si j’avais été à ta place, je n’aurais pas pris le risque de venir te voir. Sa franchise le blessa, plus qu’il n’aurait voulu. Je.. Crois que je vais avoir besoin d’un verre. » Et par ça, il sous-entendait clairement qu’elle ne pouvait échapper à une visite au pub, en sa compagnie. Au moins, ils auraient l’occasion d’être tranquille, en se mélangeant au brouhaha ambiant d’un bar déjà occupé. Et si elle avait déjà des projets, c’était tant pis, parce que Kieran lui faisait déjà signe de le suivre, d’un regard, sans vraiment lui laisser le choix, sans la toucher, de peur qu’elle ne s’effrite sous ses doigts maladroits. Qu’elle ne disparaisse. Encore.


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MessageSujet: Re: [Tizi-chou] I know I'm not the center of the universe But you keep spinning round me just the same   Jeu 29 Juin - 23:34


Elle détestait cette situation, cette sensation d'impuissance, de malaise. Cette impression que, quoi qu'elle dise, quoi qu'elle fasse, plus rien n'était légitime. Trop d'années avaient passées. Trop de mensonges et de cachotteries. Trop de zones brumeuses, de chevauchées vers l'inconnu... Etait-ce, même pour eux dont l'amitié avait été spéciale depuis le début, impossible de recoller les morceaux ? Lorsque Tiziri regardait Kieran, cet air sombre sur ses traits, ses poings serrés, ses yeux humides... elle songait que bien des choses s'étaient déroulées sans qu'aucun d'eux ne puisse avoir le contrôle. Et qu'à présent, il était trop tard. Elle avait perdu le contrôle dès l'instant où elle avait foulé cette terre inconnue, quelques semaines plus tôt. Et lui... semblait se noyer dans sa contemplation, lui arrachant un imperceptible tremblement. Elle se sentait comme nue sous ses yeux, totalement à sa merci. Et pire encore... elle avait l'impression de mériter ce qui arrivait... comme si, quelque part, tout cela était sa faute. Comme si le regard teinté d'accusation que lui lançait Kieran transperçait son coeur.

Tiziri aurait pu partir. Elle aurait du partir. Aussi vrai qu'il était arrivé trop de chose entre eux - ou plutôt qu'il n'était pas arrivé -, il n'était sans doute pas trop tard pour faire quelque chose de bien. Et à la Libanaise avait l'intime conviction que sortir de la vie de son ami, sur le champ, était ce quelque chose de bien qu'elle pouvait, qu'elle devait faire pour lui. Il n'avait que trop souffert par sa faute. Trop espéré avant d'abandonner. Et à voir la façon dont il la regardait, il était d'une évidence atrocement douloureuse qu'il avait finit par la croire morte et s'était résigné à ne jamais la revoir... Et voilà qu'elle débarquait dans son quotidien, fantôme errant comme sorti tout droit d'un vil cauchemar ... Elle avait conscience de ce qu'elle pouvait lui faire ressentir, car, au plus profond de son coeur, quelque part enfoui, elle ressentait la même chose. Exactement la même chose.

Sa voix, lorsqu'il la coupa, lui fit l'effet d'un électrochoc. Mais elle continuait à parler, à tenter de s'expliquer. Qu'y avait-il à expliquer ? Elle avait tiré un trait sur lui dès l'instant où leurs échanges épistolaires avaient cessé. Elle avait tenté de l'oublié, y était presque parvenu. Elle avait cherché en elle la force de ne faire de lui qu'un vague souvenir, qu'une mélodie heureuse dans l'orchestre de sa vie. Une petite note colorée et apaisante, noyée dans une partition sans fin d'autres notes teintées de tristesse, de douleur, de désespoir... Et soudain, il lui sommait de se taire. Un sursaut secoua le corps de Tiziri, alors qu'elle se figeait, à l'image des passants, surpris par ce cri inattendu. La jeune femme ne put détacher son regard de Kieran tandis qu'il lui volait la parole, et qu'elle se taisait, résignée, paralysée. Elle assimila chaque mot et son coeur se mit à saigner, lorsqu'elle compris qu'il avait raison. Non, elle ne serait pas venue. Parce que c'était ruiner sa vie que de revenir. Parce qu'elle le respectait trop pour oser croire un instant que son retour pouvait lui apporter quelque chose... autre chose qu'une profonde déception et une vive douleur.

Elle aurait voulut lui dire... mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge tandis qu'il annonçait avoir besoin d'un verre et s'éloignait déjà sans l'attendre. Tiziri resta un instant figée sur place, incapable de bouger, tandis que dans son esprit, la folie menaçait. Elle hésitait. Devait-elle en profiter pour fuir ? Quitter la ville, faire en sorte que son ami croit à un mirage... Elle ferma les yeux, déchirée puis finit par faire volte face et courir pour rattraper le jeune homme. « Kieran... Je suis désolée... » Elle ne s'excusait jamais. Elle était ainsi. Parce qu'elle était rarement désolée de ce qu'elle faisait. Mais cette fois, tout était différent... elle devait ces excuses à Kieran. Et les lui devait pour ce qu'elle n'avait pas, justement. Elle les lui devait, pour qu'il comprenne au fond de lui que jamais elle n'avait voulut de tout cela. Que si les choses avaient pu être différentes, elle aurait fait en sorte qu'elles le soient.

Machinalement, elle avait saisit son bras dans sa course, et alors qu'il s'était arrêté, elle n'avait pas lâché. Elle hésita puis finit par émettre une pression sur ses doigts qui serraient son poignet, sans le quitter des yeux. « Je préfère... enfin tu veux pas qu'on aille parler chez toi ? » Elle n'aimait pas la foule. Et à l'idée de parler avec lui alors que tous pouvaient entendre... elle paniquait déjà. « Ou chez moi... comme tu préfères... » Elle n'était pas enchantée à l'idée de l'accueillir chez elle alors qu'elle ne vivait pas seule, mais si cela pouvait l'apaiser et faire en sorte qu'il voit qu'elle n'avait rien prémédité, rien comploté, alors elle était prête à prendre le risque. Le regard et le ton suppliant, elle se rapprocha légèrement jusqu'à presque toucher son torse du sien, au point de sentir la chaleur de son souffle sur son visage. « S'il te plait... je te dirai tout ce que tu veux savoir. »


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MessageSujet: Re: [Tizi-chou] I know I'm not the center of the universe But you keep spinning round me just the same   Ven 30 Juin - 1:14

But you keep spinning round me just the same
Tiziri & Kieran



Son immobilité contrastait, terriblement, avec l'essoufflement de sa respiration, la saccade douloureuse des battements de son coeur, tapant contre son squelette avec la volonté dérisoire de chercher à s'extirper de sa chair. Pourtant Kieran restait incapable du moindre mouvement, du seul geste qui, finalement, lui rongeait la cervelle, lui déchirait les entrailles; par réflexe, par protection sans doute, il referma ses bras sur lui-même, s'emprisonnant dans cette chair putride, abimée, renfermant une âme toute aussi rongée par le désespoir. Et il serrait ses doigts sur sa propre carcasse, pour ne pas étreindre celle du souvenir qui se dessinait sous son regard accablé, son timbre de voix et sa gesticulation qui n'étaient, chaque fois, qu'un rappel brutal de sa situation; Tiziri vivait. Tiziri respirait. Tiziri pouvait tenir sur ses jambes, remuer ses doigts, bouger la tête, pleurer, rire, crier, supplier. Parler. Encore et encore. Jusqu'à l'assommer, si elle le voulait, il ne s'en serait surement pas plaint et pourtant, contradiction totale, il l'incitait au silence. Violent. Respectueux, pour lui plus que pour elle. Parce qu'à cet instant, il ne s'agissait que de lui, que des états d'âme de Kieran, du choc de la trouver ainsi devant lui, entière et, semblait-il, heureuse de vivre quelques secondes avant de croiser sa route. Il était certain d'avoir aperçu un sourire sur ses lèvres délicates et à cette suggestion, son regard bleu éclaté glissa sur la pulpe, rougie, de sa bouche. Vieux film muet; il voyait les lèvres remuer, sans être persuadé de réussir à entendre correctement, ou simplement de décrypter, ce qu'elle pouvait lui souffler. Surement parce qu'elle avait fini par se taire, justement, après son cri de désespoir, sa supplique lamentable, mais que son cerveau semblait en décalage entre la réalité des faits et ce qu’il visualisait, dans l’intimité de sa caboche dérangée.

Kieran aurait voulu avoir le courage, le premier, de tourner les talons et s’il ne réussit à la faire, ce fut simplement pour passer devant elle et lui intimer de le suivre. Partir sans réellement se défaire d’elle, parce que malgré sa volonté, ferme et pourtant fragile, de tourner les talons, il fallait qu’elle reste encore un peu. Il aurait apprécié qu’elle prenne, elle aussi, l’initiative de l’abandonner ici, dans la rue, après son scandale; ç’aurait été lui offrir le rôle principal et le laisser à son sort, à sa quasi-léthargie. Mais comme un rappel de cette lutte acharnée, son estomac se noua un peu plus en l’imaginant réellement prendre la fuite et, déjà, il tournait un peu la tête pour vérifier si elle le suivait, sans la voir. Il voulut s’arrêter pour la chercher du regard, mais il s’aperçut vite qu’elle l’avait rattrapé, par le côté opposé à celui duquel il était tourné. Et il reporta son attention sur son visage, avec une telle violence, que sa tête menaça de faire une toupie sur son cou, un craquement écoeurant résonnant dans les cervicales, qu’il massa d’un air absent. Entre obsession et regret.

« Je veux bien le croire.. » Ton neutre, voix blanche. L’écossais aurait voulu retourner l’excuse, mais il l’avait déjà fais quelques instants avant, lui semblait-il. Est-ce qu’il avait réellement prononcé ces mots, ou les avait-il seulement imaginé ? Fronçant les sourcils, il parut en vouloir à Tiziri, pour lui provoquer cette réflexion ouvrant les portes sur une migraine passagère, causée par l’enchevêtrement d’émotions toutes plus contradictoires les unes que les autres. Un peu plus quand ses doigts se refermèrent sur son poignet, intimité soudaine à laquelle il n’était pas préparé, surtout parce qu’il ne s’y attendait absolument. La réaction fut épidermique; un frisson hérissa sa chair de millions de petites cloques et il se raidit, brutalement, colonne vertébrale redressée, expression figée et, plus délicatement qu’il le pouvait, un mouvement, bref, pour retirer son poignet de son étreinte. De sa main libre, il massa la chair, juste là où elle avait posé la main, comme souffrant tout à coup d’une brûlure invisible.

Son regard passa sur la foule autour d’eux, dont une partie devait se trouver dans le bar qu’il espérait rejoindre, vite et puis il jeta un oeil à la rue menant chez lui. « Chez moi.. Je suis certain d’avoir de quoi boire. » Et si une petite voix lui souffla qu’il s’agissait de la pire idée du siècle, Kieran l’ignora et l’intima au silence en faisant signe à Tiziri de le suivre, sortant déjà ses clefs de sa poche, peu certain d’être capable de trouver la bonne avant d’atterrir devant sa porte. Sans parler du fait qu’il serait bien capable de se tromper d’immeuble, étant donné son état second.
Par miracle, ils parvinrent à rejoindre sa résidence, trouver le bon bâtiment et atterrir au bon numéro d’appartement. Pourtant, Kieran n’ouvrit pas la porte immédiatement, regard baissé sur la serrure, à s’attendre à ce qu’elle lui parle, qu’elle le rappelle à l’ordre.. Rien. Juste le silence. Le bruit de l’ascenseur appelé plus bas. Lui. Et Tiziri, dans son dos. La dernière fois que quelqu’un était entré ici, pour le trouver, il avait fini sur la route à vivre l’aventure la plus exaltante de sa vie et, pourtant, il en avait vécu des choses avec celle qui l’accompagnait aujourd’hui.

La clef glissa dans la serrure. Le cliquetis signala à Kieran que la porte était déverrouillée et il finit par la pousser, lentement. « Entre. » Souffle échappé des lèvres. Il jetait déjà les clefs sur la table près de la porte, retrouvant la solitude de son appartement, rangé par ailleurs; fait notable, puisque rare. Ouvrant un placard de cuisine, il sorti une bouteille de scotch, un verre dans lequel il versa quelques larmes, pour le glisser sur le comptoir. « Sers-toi. » Il désigna le contenant, dans lequel le liquide coloré remuait légèrement, pour coller le goulot de la bouteille sur ses lèvres et s’avaler une grande gorgée. Il lui fallait bien ça, pour faire passer la pilule.


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MessageSujet: Re: [Tizi-chou] I know I'm not the center of the universe But you keep spinning round me just the same   Dim 2 Juil - 14:36


« T'es prêt ? Alors GOOO ! » Elle n'avait pas attendu son approbation, ni même sa réponse pour se précipiter, tête baissée, vers le bâtiment duquel parvenait des coups de feu assourdissant. Jusque là cachés derrière un tank à demi abandonné, les deux amis surveillaient la bâtisse depuis près de deux longues heures. Les murs, en piteux état, protégaient pourtant encore les terroristes qui y avaient trouvé refuge. Et Tiziri voulait voir de plus prêt. Elle voulait toujours voir de plus près, qu'importaient les risques, le danger... Une morte certaine attendait chaque âme vivante sur cette planète, alors aujourd'hui ou plus tard, cela n'avait aucune importance. Plus depuis que sa vie à elle avait été abandonnée, perdue seule dans un tourbillon de souvenirs.
Elle se retourna soudain, pour vérifier que Kieran la suivait. Au départ, elle avait cru qu'il était comme tous ses autres... plats et sans couleurs, un reporter là pour la sensation, mais pas prêt à mettre son existence en péril pour le frisson. Mais elle s'était trompée, et elle le reconnaissait aujourd'hui. Il s'était avancé dans son dos, et se tenait à présent si proche qu'elle sentait la chaleur émaner de son corps. Une sensation étrange se saisit d'elle, comme un mirage. Elle se sentit planer quelques instants, avant d'être réveillée par les voix à l'intérieur. Elle comprenait chaque mot, mais aucun ne lui arrachait plus de frissons, aussi horribles pouvaient-ils être. Ceux de Kieran, par contre... « Très bien. Si on meurt ici, je veux que tu saches que... » Pouvait-elle l'avouer ? Pouvait-elle dire une telle chose ? Le temps qu'elle hésite, de nouveaux tirs avaient vrillé ses tympans, et elle se blottissait contre son partenaire, les mains sur la tête. Ils se traînèrent sur le côté du bâtiment, tandis que des hommes sortaient à quelques centimètres de leur précédente position. Tiziri les observa, leurs mitraillettes en main, soulevant des nuages de cendres rocheuses dans leur sillon. Lorsqu'elle se rendit compte qu'elle se trouvait toujours contre Kieran, un malaise étrange s'empara d'elle, et elle s'éloigna, presque trop rapidement, tandis que dans sa poitrine, elle ne parvenait à définir si les battements affolés de son cœurs étaient dus à l'adrénaline ou à cette proximité avec son compagnon...



Elle sentit un vide étrange et douloureux lui saisir la poitrine, tandis qu'il se défaisait de l'étreinte de ses doigts sur son poignet. Son visage trahissait un malaise qui faisait écho au sien, tandis qu'elle le regardait avec cette tristesse, cette nostalgie propre aux souvenirs inachevés. Le voir s'éloigner ainsi, lui faire dos, c'était revivre ce jour où il était partit, des années plus tôt... Il avait une famille, un fils. C'était elle qui l'avait incité à aller le retrouver... vivre, profiter, tant il en avait encore le temps. Elle pouvait périr là, personne ne l'attendait nulle part. Mais lui n'en avait pas le droit. Ainsi, aussi difficile avait été son départ, elle savait qu'il s'envolait vers des contrées meilleures, et vers ceux qui l'aimaient, qui l'attendaient.

Et maintenant qu'elle l'avait retrouvé... elle se rendait compte à quel point il lui avait manqué. A quel point, à bien des égards, il était tout ce qui lui restait de cette existence mutilée que la vie lui avait donnée. Elle avait tout perdu, tout mis en terre, tout pleuré... même lui, elle l'avait pleuré. Mais à présent qu'il était là, elle se permettait d'espérer. Elle s'autorisait à croire à nouveau.

Elle s'était presque attendue à ce qu'il refuse sa proposition d'aller chez lui ou chez elle plutôt que dans un pub quelconque, noyé d'une foule inconnue qu'elle n'avait pas la force d'affronter. Kieran, c'était son moment... et même si à ses côtés elle oubliait le monde, elle avait toujours préféré être totalement seule avec lui. Cela l'apaisait et la berçait d'une étrange sérénité. Le chemin jusque chez son compagnon se fit dans un silence presque insoutenable, que Tiziria n'osa pourtant briser, de peur que quelque chose ne se brise... de peur que Kieran la renvoie, lui somme de le laisser... Elle marcha derrière lui, fixant son dos, détaillant sa nuque mouvante sous son t-shirt, la courbe de ses omoplates, la chute de ses reins, sa démarche si familière et pourtant lointaine...

Lorsqu'ils arrivèrent chez lui, la libanaise se rendit compte qu'il habitait à deux pas de chez elle, et l'idée de ne l'avoir croisé plus tôt la hanta. Elle ne dit rien cependant, et attendit qu'il l'invite à entrer pour se glisser dans son monde, presque intimidée, elle qui d'habitude ne prenait pas de gants. « C'est... un appartement agréable. » Le genre de commentaire qu'aurait fait tout invité, mais qui sonnait faux dans sa bouche. Une politesse de trop peut-être, qu'elle regretta de suite, tandis qu'il lui servait un verre de scotch avant de lui-même boire à la bouteille. Elle le regarda faire avant de saisir son verre à son tour et d'y tremper simplement les lèvres. Elle laissa le silence s'installer quelques instants, observant les alentours de manière furtive, se sentait presque intrusive... malvenue. Elle but une nouvelle gorgée, une vraie cette fois. « Tu vis ici depuis longtemps ? Seul ? » S'agissait-il de curiosité ou d'une banale conversation.... elle-même n'aurait su le dire.

A nouveau, ce silence pesant, tandis qu'elle se maudissait intérieurement. Elle ne pouvait plus continuer ainsi. C'était trop lourd, trop pesant. Trop étouffant. « Tu vas m'en vouloir longtemps ? Tu sais très bien que si j'avais pu communiquer avec toi... je l'aurais fait. Mais c'était... » Impossible. Interdit. Et elle, plus que tout autre, en avait énormément souffert. Des mois de silence, de secrets et de mort simulée... des mois à faire comme si elle aussi était partie dans un autre monde. Cela avait eut un côté plaisait... et un autre, qu'elle découvrait dans les yeux de son ami, atroce. Elle posa son verre sur la table et fit le tour pour le rejoindre. Il devait comprendre. Car si lui ne comprenait pas... alors elle était réellement morte.
Glissant une main sur sa joue, elle le força sans douceur à la regarder dans les yeux. « Regarde moi ! Je suis vivante, Kieran. Je suis là et je ne sais pas quoi te dire de plus que je suis désolée... » Encore et encore. Parviendrait-il à la pardonner. Machinalement, elle avait saisit sa main libre pour la poser sur sa propre poitrine, à l'endroit du coeur, pour qu'il se sente battre, pour qu'il ne croit pas à un mirage, pour qu'il la croit. Ses yeux dans les yeux, elle lui implorait un pardon dont elle avait besoin pour continuer à avancer.


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