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 torn ► [samael]

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MessageSujet: torn ► [samael]   Dim 9 Juil - 18:48

torn
samael & tiziri




Timeline ; début juillet 2017

Elle aimait cet endroit. Pour sa tranquillité, son silence. L'apaisement qu'il lui procurait... Étrangement, elle n'aurait pourtant rien du faire là... Ce n'était pas ses croyances, ce n'était pas sa ville, ni son pays... Et pourtant. Pourtant elle y trouvait une certaine sérénité, chaque fois qu'elle y entrait. Comme si soudain, un poids énorme lui était retiré et qu'elle pouvait respirer à nouveau, inspirer l'air bercé de fragrances florales, tout autour d'elle.

L'été avait commencé, ce qui signifiait qu'elle avait terminé les cours pour quelques temps... et qu'elle allait devoir combler le vide laissé dans ses journées interminables. Parfois, elle s'allongeait sur son lit et fermait les yeux. Elle voyageait alors jusqu'à l'autre bout du monde, par delà les mers et les océans, et retrouvait son pays chéri, dévoré entre les feux croisés de guerres sans fin. Malgré cela, elle n'avait jamais cessé de s'y sentir chez elle, et en sécurité. Elle ne pouvait pas ne pas l'aider. Il était sa patrie, là où elle était née, là où elle avait grandit, là où ceux qui lui étaient chers s'en étaient allé... Elle y avait tout gagné, puis tout perdu. Mais elle continuerait à l'aimer jusqu'à son dernier souffle.

Et puis, lorsque la jeune femme ne voulait plus ruminer, qu'elle se sentait étouffée, ou qu'elle avait besoin de simplement sortir, elle allait souvent jusqu'à Riverside Bay, se perdre dans la simplicité et le silence de la Nature. Parce que les arbres se taisent. Et que dans ces moments, Tiziri n'avait pas envie de parler, simplement d'écouter, de ressentir, et d'avoir l'impression d'être seule au monde. Elle s'avançait parfois loin dans la forêt, jusqu'à se sentir perdue, et c'était exactement cela qu'elle adorait. Et puis elle retrouverait son chemin et rentrait...
Ce jour là cependant, elle avait fait un détour, attiré par l'église. Elle était entrée dans la nef et avait observé les vitraux, le décor, l'autel face à elle. Elle s'était assise quelques minutes, sans prier, juste pour profiter du calme. Et puis en sortant elle avait vu le cimetière attenant, et sans réellement savoir pourquoi, elle s'était glissée entre les tombes, furtive, hypnotisée. Elle avait lu quelques épitaphes, comme on lit les panneaux sur les bords de route ; 'Au grand-père le plus généreux du monde', 'A notre chère mère', 'A un frère parti trop tôt'... Des dizaines de pierres en marbre, quelques cryptes familiales... La mémoire de la ville, et de ceux qui lui avaient donné vie.

Tiziri songeait à son mari et son fils, enterrés nulle part, si ce n'était dans son coeur. Et, comme attirée par un point imaginaire, elle s'avança jusqu'au fond du royaume des morts, dans une zone boisée, où trônait un arbre étrange, qu'elle trouvait magnifique. Elle le fixa longtemps, sans rien dire. Ce ne fut que lorsqu'elle sentit une présence qu'elle se retourna. La silhouette familière de Samael se découpa devant ses yeux mais elle ne parvint pas à sourire, ni même à bouger, alors que, bras croisés, elle s'en retournait observer cet arbre, comme fascinée... « Je ne pensais pas te trouver là... » Elle-même ne savait pas si elle parlait au végétal, à Samael, ou à une âme défunte... Elle avait simplement ressenti le besoin de s'exprimer.


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Tiziri Darwich ☽ “Take what comes, oh the storm is raging against us now. if you're afraid of falling then don't look down but we took the step or we took the lead and we'll take what comes. take what comes”
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MessageSujet: Re: torn ► [samael]   Lun 10 Juil - 21:37

torn
samael & tiziri




Trois mois.
Cela faisait déjà trois mois. Trois mois de culpabilité, trois mois de déni, trois mois à m'occuper l'esprit plutôt qu'à venir ici. Venir au cimetière m'arrivait davantage quand Liam était encore vivant, je trouvais en ce lieu quelque chose d'apaisant qui aidait à calmer mes idées vagabondes, mon esprit torturé. Le silence de mort. C'était sans doute cela qui m'intéressait davantage. Puis parfois je me posais entre deux tombe et me demandais alors qu'est-ce que tous ces morts auraient eu encore à dire s'ils n'avaient eu ne serait-ce qu'une heure de plus parmi les vivants. Et alors cela me semblait assourdissant. Oui, depuis que Liam avait été battu à mort dans son propre domicile, je l'entendais hurler dans ma tête constamment, ou chuchoter de perfides choses visant à me rendre fou. J'avais peur du cimetière, peur de m'y rendre, peur d'y croiser des fantômes. Moi le fier homme, j'avais peur oui, peur que Liam surgisse de sa tombe pour me dire ce qu'il pensait une dernière fois. Je voyais les orbites vides de ses yeux me transpercer de leur noir des abysses, et ces abysses m'emporter tandis que des milliers d'insectes sortaient de sa mâchoire en lambeaux. Les cauchemars surgissaient dans mes nuits, les rendant blanches tout comme ma peau cadavérique.

Heureusement j'avais repris le travail. Même si parfois je me faisais taper sur les doigts, je manquais de sommeil, il fallait que je me reprenne, que je voie un psy, selon le conseil avisé de mon patron. Mais aucun psy n'était prêt à entendre ce que j'avais à dire. Je n'étais même pas sûr d'être moi-même prêt à entendre ce qui pourrait sortir de ma bouche. Alors je comblais le vide, je bossais d'arrache-pied, je faisais des heures supp', et comblais mes nuits de visages de femme, je me forçais à sortir un maximum, à redécouvrir le soleil, redécouvrir la vie, et la vivre malgré ce nouveau fardeau.

Cela faisait à présent une semaine que mes rêves s'apaisaient un peu, à croire que c'était tout cela qu'on appelait les phases du deuil. Je n'y connaissais rien à tout ce charabia de psychologues de mes deux, et je n'avais décidément pas envie de prendre le temps d'analyser mes sentiments. J'allais y aller à la dure, comme la vie me l'avait toujours enseigné, ce n'était pas la meilleure des solutions, mais la seule que je connaissais, je cesserai bien un jour de marcher dans son ombre, cet ombre qui me recouvrait tout entier.

Quand j'entrais dans le cimetière, j'eus la sensation que tout avait bougé de place, comme si un typhon l'avait complètement mis à l'envers, je me rendais seulement compte que ce lieu -comme tous les autres fréquentés par le fantôme de Liam- n'avait plus du tout le même aspect depuis que j'avais une raison précise d'y aller. Je n'avais pas revu sa tombe depuis son enterrement, et je craignais le choc que cela pourrait avoir sur ma santé mentale. Elle qui n'était déjà pas exemplaire, il fallait l'avouer. Je regardais à peine le nom incrusté et l'épitaphe pathétique qui n'avait sans doute aucun moyen d'exprimer... tout ça. Je m'appuyais dos à la pierre froide, m'asseyant par terre et posant mes coudes sur mes genoux surélevés, une clope machinalement plantée entre mes lèvres, je tirais sur le bâton de cancer en levant les yeux sur la cime des arbres parsemant le cimetière. Je fermais finalement les paupières et retrouvais avec surprise le calme que ce lieu m'inspirait avant, et un soulagement intense me parcouru l'échine. Sans doute était-ce parce que j'avais attendu le bon moment. Je soufflais quelques mots à Liam de ma voix rocailleuse, persuadé qu'il devait bien m'entendre, quelque part.

La notion du temps eu l'occasion de se perdre, et tandis que j'ouvrais les yeux j'étais incapable de savoir le temps que je venais de passer là. Je me levais finalement, lançant un dernier regard à la tombe, je réajustais ma chemise à carreau sur mon débardeur avant d'enfoncer mes mains dans mes poches et de marcher lentement vers la sortie, la tête pleine de pensées renouvelées. Jusqu'à ce que mon regard se pose sur elle. Tiziri. A mon approche, j'entendis ses mots reflétant mes propres pensées : « Je ne pensais pas te trouver là... » avait-elle dit. J'avais laissé échapper un sourire en coin et m'étais placé à son côté, posant les yeux sur l'arbre qui semblait tant la fasciner. « C'est rarement un endroit propice aux rencontres. » Mon regard s'attarda sur son profil, cette femme qui m'intriguait par son histoire, histoire qui marquait les traits de son visage concentré. « Tu veux peut-être que je te laisse ? » comme je l'avais dit, ce n'était pas un endroit fait pour rencontrer quelqu'un et converser comme dans un café, si sa présence ne m'heurtait pas, peut-être que je rentrais en collision avec son propre moment. J'avais toujours la délicatesse d'un boulet de canon dans la vie des gens. Si mes phrases restaient sage, mon regard devait paraître trop insistant sans même que j'en prenne conscience. Je sortais une seconde clope de ma poche et la plantais entre mes lèvres sans l'allumer pour l'instant, posant mon regard sur l'arbre face à nous. « J'ai du passer devant cet arbre au moins des centaines de fois, mais c'est la première fois qu'il me frappe autant... » soufflais-je pour moi-même.




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MessageSujet: Re: torn ► [samael]   Mer 12 Juil - 23:04

torn
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Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle trouvait à cet endroit... il regorgeait de tant d'histoires, et pourtant, elle se sentait comme bienvenue, comme si elle aussi avait droit de conter son histoire, même si elle se déroulait bien des années en arrière, sur une terre de l'autre côté du monde... Elle avait l'impression qu'ici, elle était chez elle. Elle n'avait ce ressenti que dans certains endroits de la ville ; le lac, les abords de la forêt, et puis ce carré de végétation où trônaient la pierre et la mort. Où se cotoyaient chaque jour les morts et les vivants, où les gens osaient parler dans le vent, en s'imaginait que pour une fois, ils seraient écoutés... que leur discours aurait un sens pour cette personne six pieds sous terre, cette âme errante, derrière leur épaule.

Tiziri aussi avait une âme derrière son épaule, mais elle était bien vivante. Une âme dans laquelle elle s'était retrouvée, dès les premiers échanges. Une âme qu'elle estimait, lorsqu'elle n'estimait pas grand monde sur cette terre... Rares étaient les étranges qui parvenaient à toucher son coeur et pénétrer son esprit avec tant de passion, et aussi facilement que Samael l'avait fait. Il était différent, elle l'avait vu tout de suite... même si leurs débuts s'étaient révélés mouvementés, la Libanaise savait qu'avec lui, elle n'avait ni besoin de se cacher, ni besoin de mentir. Elle pouvait être elle : franche et parfois trop directe. Pleine de vie, bourrée d'opinions, et passionnément engagée dans ce qui lui tenait à coeur.
Il s'était approché d'elle lorsqu'elle l'avait interpellé, sans quitter des yeux l'arbre qui lui faisait face. Ce qu'il dit alors lui fit froncer les sourcils, perplexe. « Au contraire. On y fait forcément des rencontres...  » Pour elle, chaque pierre, chaque recoin était une rencontre. Une rencontre avec l'esprit d'un défunt, l'empreinte de quelqu'un qui avait vécu puis s'était éteint, pour une raison, ou une autre, un jour, une heure. Elle continuait à fixer la forme étrange du tronc devant elle, tandis qu'à son côté, Samael reprenait la parole. « Pourquoi je voudrais cela ?  » Il posait d'étranges questions, à son sens. Ne la connaissait-il pas assez pour savoir que si elle n'avait pas voulut de lui, elle n'aurait pas attendu pour le lui dire ? Malgré tout, elle préféra prendre cela comme une marque de respect. Elle ne comprendrait décidément jamais ce que les gens avaient à penser que les cimetières étaient des lieux froids et non propices aux discussions. Elle pensait tout le contraire.

Elle fut heureuse de voir que son compagnon restait. Tournant à peine la tête, elle le vit sortir une cigarette et la caler entre ses lèvres, sans l'allumer. Elle demeura muette, sans cesser de le fixer alors qu'il faisait une remarque sur son arbre. Un petit sourire étira les lèvres de la jeune femme. « C'est que tu ne prêtais pas assez attention. » C'était souvent le cas des gens qui visitaient les repères des morts ; ils ne prenaient garde à rien, qu'à leur douleur, encré au fond des tripes, aux bruits étranges, parfois effrayants, et au froid mordant qui, même les jours de canicule comme celui-ci, semblait omniprésent. Tiziri fut cependant frappé elle aussi, non pas par l'arbre mais par la curiosité. « Est-ce que tu viens souvent ici ? » Il avait dit 'des centaines de fois' ce qui signifiait qu'il devait divaguer entre les tombes plus d'une fois tous les six mois comme la plupart des gens se contentaient de le faire... Quelqu'un d'autre n'aurait pas osé demander, mais on parlait de Tiziri, et elle ne tarda pas à aborder le sujet principal. « Tu as perdu quelqu'un ? Tu ne me l'as jamais dit. » Ce n'était pas un reproche, seulement un constat, qu'elle se faisait aussi à elle-même, alors qu'elle n'avait pas tout évoqué de sa propre existence...

Elle le regardait sur le côté, attendant qu'il réponde, tandis que son regard était attiré par le tube qu'il avait dans la bouche, toujours éteint. « J'peux ?  » Elle n'avait pas besoin de dire plus pour qu'il comprenne qu'elle aurait apprécié qu'il la dépanne d'une cigarette... D'habitude, elle évitait. Mais dans l'ambiance actuelle, et en compagnie de quelqu'un qui fumait également, elle aimait sentir le tabac la tuer à petit feu, et regarder la fumée s'envoler... Ça lui rappelait qu'elle était vivante, et eux pas. Qu'elle était toujours là, sans savoir pourquoi. Mais que, d'un instant sur l'autre, elle aussi pouvait trépasser. « Si je meurs ici, promets moi que tu nourriras cet arbre de mes cendres... »


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MessageSujet: Re: torn ► [samael]   Lun 18 Sep - 21:34

torn
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Tiziri m'évoquait toujours une chaleur propre à ses origines, de par son visage, ses yeux sombres, cette force en elle, autant que cette faiblesse cachée, à peine perceptible en de rares moments où elle seule décidait qu'elle pouvait l'illustrer. Une force de la nature. Et lorsque je parle de force de la nature, c'était qu'elle était pour moi aussi puissante et volatile que le vent, aussi résistante que la terre. Aérienne et brûlante à sa façon. Une certaine fascination que je me gardais bien de décrire. Sa franchise était une richesse, un flot dont je m'abreuvais avec soif et plaisir. Dans un monde des surface, ou personne n'ose jamais rien dire, le fond des pensées de Tiziri se reflétaient en elle avec évidence, elle allait droit au but avec moi. C'était très appréciable. Alors, quand mon âme apaisée par l'ambiance feutrée du cimetière s'était jointe à la sienne, avec cette attitude d'homme en retrait, elle avait tôt fait d'être elle même et de me ramener à l'idée qu'il était ridicule de m'amoindrir à cause du lieu où l'on se trouvait.
Elle m'avait tout d'abord signifié qu'il était évident que nous devions faire des rencontres dans un tel endroit et elle n'eut pas tord, me ramenant à mes pensées sauvages survenues plus tôt dans la journée. Les cris silencieux de tout ce monde autour de nous, âmes vivantes ou mortes. « Pourquoi je voudrais cela ?  » Dit-elle, mettant à mal mes idées reçues. N'ayant pas de réponses, je me contentais d'un petit geste d'épaules, elle avait raison, je la connaissais assez pour savoir qu'elle me dirait évidemment si ma présence pouvait la gêner, je pouvais clairement lui faire confiance pour cela.

« C'est que tu ne prêtais pas assez attention. »
 J’acquiesçais à ses mots. « C'est le propre de bien d'entre nous, malheureusement. » Je n'étais qu'un humain parmi d'autres, égocentrique, obsédé par lui-même, et je le regrettais franchement souvent. Néanmoins j'estimais que si cette prise de conscience m'arrivait suffisamment souvent, c'était déjà ça de gagné. Comme s'il s'agissait de ma « part du colibri ». Mais il fallait admettre que dans un cimetière, les pensées étaient souvent dirigées vers nos propres douleurs, c'était bien un endroit où nous avions le droit d'être un peu égocentrique. Le deuil était sans doute quelque chose à savoir affronter. Je sentais par ailleurs encore le souffle glacé de Liam me procurer un frisson au creux de l'échine. « Est-ce que tu viens souvent ici ? » Je portais donc mon regard sur la jeune femme à mon côté après avoir aussi longuement observé le tronc. Ses yeux se plantant dans le mien, tout droit, sans détour. « Tu as perdu quelqu'un ? Tu ne me l'as jamais dit. » J'eus un sourire en coin, sans réelle joie et répondais d'une voix peut-être étrangement rouillée, retirant brièvement la cigarette de mes lèvres : « Je venais régulièrement avant, quand tout cela n'avait pas encore de vrai sens pour moi. Depuis que je m'y suis confronté, il y a quelques mois, j'ai beaucoup plus de mal à rôder par ici. A tord, je l'admets. » Je levais les yeux vers les branches s'étendant dans le ciel, inspirant profondément par le nez en calant à nouveau la clope entre mes lèvres. J'avais beau être très franc avec Tiziri, Liam restait un sujet épineux à aborder, bien que je sentais que son coeur avait affronté bien des souffrances et qu'elle comprendrait mieux que quiconque toute cette violence en moi.

« J'peux ?  »
 désignant l'objet dans ma bouche, je lui tendais et sortis mon briquet, une fois qu'elle eut la cigarette entre les lèvres, j'en allumais le bout en observant son visage avant de sortir une nouvelle clope pour moi-même, l'allumant par la suite également, plissant légèrement le nez. J'aspirais profondément la fumée qui me brûla un peu plus les poumons, je trouvais ça ironique de fumer en observant cette puissance naturelle symbole même de l'oxygène, juste face à nous. « Si je meurs ici, promets moi que tu nourriras cet arbre de mes cendres... » Avait-dit Tiziri, rompant à nouveau le silence. Je souris, sans doute cela aurait pu sembler étrange, mais en fait, si elle me disait une telle chose, c'est parce qu'elle savait que je pouvais entendre. « C'est promis. Mais j'espère ne pas avoir à le faire, je supporte assez mal l'idée de deuil, je t'avoue. » Et cette légèreté dans la voix propre à mes réactions quand j'aborde le sujet de Liam. Comme une manière de fuir par l'humour, ou que sais-je. Je tire une nouvelle taf sur le filtre, plissant les yeux sans quitter Tiziri : « Qui as-tu perdu, toi ? » Sans détour, tel qu'elle me connaissait. C'était évident au vu de son regard qu'elle avait expérimenté le deuil, elle aussi, même plus et plus tôt que moi. Ce n'était pas sa présence ici qui le trahissait, après tout le cimetière était une promenade régulière pour moi avant que Liam ne meurt sauvagement tabassé. Non, c'était cette fêlure en elle, ce regard, insaisissable et pourtant limpide à la fois qui le trahissait.




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