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 [Rps Solo Olivia & Jed]

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MessageSujet: [Rps Solo Olivia & Jed]   Jeu 13 Juil - 1:50


8 Septembre 2017, Lakeview

Les mois se suivent et pourtant ne se ressemblent pas. Quatre mois que je ne l’ai pas vu. Et depuis le premier jour. Il me manque ! J’ai beau essayer d’y penser le moins possible, arrive toujours un moment où son visage apparait soudainement dans mon esprit. Tout comme lorsque je vois des couples ou encore un blond qui de dos a plus ou moins la même carrure que lui. Bien qu’il leur manque toujours quelque chose. Personne ne lui ressemble. Personne n’est lui. Et il est surement là le problème. Le point central de cette souffrance que je ressens au fond de moi. Je lève le regard sur le reflet que me renvoi le miroir devant lequel je suis penchée. Les deux mains en appuient sur les bords du lavabo de la salle de bain. J’ai l’impression que cette femme est plus belle. Ses cheveux le sont en tout cas, sa peau également. Tout cela n’est dû qu’aux hormones. Cette sensation de bonheur constant malgré la souffrance d’un amour perdu. C’est un sourire qui se dessine pourtant sur les lèvres de cette jeune femme. Et pour la première fois, j’ai l’impression qu’il avait raison. J’ai l’impression de comprendre ce qu’il a cherché à me dire. D’enfin ouvrir les yeux sur cette personne qu’il semble que je sois vraiment. Parce que oui. Je me trouve belle tout en pensant que pour la toute première fois, c’est moi. Uniquement moi. Et c’est comme un déclic que ma tête. Comme si une porte c’était enfin ouverte après des années. Que j’avais enfin réussi à la déverrouiller après de nombreuses tentatives. Et rien que ça, j’avais soudain le cœur allégé et surtout libéré. Un nouveau chemin se traçait devant moi et je me sentais prête à l’emprunter. Je baissais les yeux sur mon ventre caché par le tissu de mon débardeur et mon sourire se transformait en quelque chose de tendre. De maternelle. Ce petit être n’avait pas que bousculé ma vie. Il venait également de m’aider à grandir.

Dans le silence de mon appartement je laissais couler l’eau dans la baignoire à l’angle de ma salle de bain prenant soin d’éteindre la lumière après avoir allumé quelques bougies dans la pièce. Le but n’était pas de produire une ambiance romantique, mais c’était plutôt un appel à la détente. Les tensions qui s’accumulaient dans mon corps alors que j’avais pris quelques kilos depuis le début de ma grossesse. Ni trop, ni pas assez selon le médecin j’étais dans la bonne courbe. Seulement j’avais toujours eu un corps fin, presque squelettique même, à une certaine époque de ma vie. Et là non seulement je prenais du poids mais en, plus mon centre de gravité avait changé avec l’apparition de mon ventre. Ce ventre que je chérissais temps… Ce ventre qui m’avait tardé d’avoir et que j’allais peut-être regretter dans quelques mois lorsqu’il serait vraiment trop lourd à porter. Mais pour le moment je l’aimais. Enfin, c’est surtout la petite chose dedans que j’aimais par-dessus tout. J’abandonnais mes vêtements sur le carrelage de la pièce me plongeant doucement dans la baignoire en me tenant aux bords pour ne pas glisser et risquer de me faire mal. Je me laisse glisser dans le fond, l’arrière de mon crâne qui s’immerge dans l’eau fumante. Je ferme alors les yeux écoutant simplement le silence de la pièce. Écoutant les bruits à travers l’eau. Imaginant alors ce que pouvait bien entendre ma fille elle aussi immergée dans le liquide amniotique. Est-ce que cela lui faisait vraiment cet effet-là à elle aussi ? Une chose que j’avais lue quelque jour plus tôt me revenait en tête. Soi-disant les bébés percevaient plus facilement la voix du père à travers le ventre parce que celle-ci était plus grave que celle des femmes. Alors là à cet instant, les yeux fermé. J’imaginais Jed penché sur mon ventre à lui parler.

En me concentrant bien, j’arrivais à sentir la chaleur de sa main caresserait doucement mon ventre. Ses doigts glissaient lentement sur ma peau alors qu’une chair de poule était en train de couvrir mon ventre rebondit. Ma respiration s’accélérait un peu sous la scène. Désir qui ne semblait pas réalité, mais la puissance de l’image faisait battre mon cœur, ou l’inverse, lui faisait manquer quelques battements. Ses lèvres qui articulaient quelque chose, laissant entrevoir sa voix grave. Rien que pour elle. Même pas pour moi, juste pour elle. Et la scène semblait si belle, si réelle qu’en ouvrant les yeux je ne pouvais retenir cette larme qui roulait déjà sur ma joue, une autre la suivant rapidement, ma lèvre que je me mordais tout en me redressant un peu laissant l’eau faire des remous contre ma peau nue.

Je restais les yeux fermés à reprendre ma respiration alors que mon imaginaire qui m’avait poussé jusqu’à Jed, s’était totalement envolé. Un mouvement dans mon ventre venait me faire ouvrir les yeux subitement. Surprise de l’intensité du mouvement, mais aussi de la force que pouvait déjà avoir ce petit être. Une multitude de coups qui avaient suivis après le premier alors que j’éclatais de rire tout en posant ma main sur mon ventre. La nouvelle question qui s’était alors installer dans ma tête était de savoir comment elle avait ressenti cela. Si c’était simplement les tremblements de mon corps qui l’avait réveillé, ou si c’était les vagues de bien être que je ressentais à présent. Je rigolais une fois encore à l’idée qu’il fallait que je retente l’expérience pour en avoir confirmation…

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MessageSujet: Re: [Rps Solo Olivia & Jed]   Jeu 7 Sep - 17:11


15 Octobre 2017, Tucson


Million de petits picots qui recouvre ma peau sous le souffle du vent sur mon épiderme. Mes deux mains posées sur la rambarde en métal alors que je regarde la ville. De l’hôtel, j’ai vu sur une bonne partie de la ville, vue plus ou moins superbe sur Tucson. Le mois d’octobre qui a pointé le bout de son nez tellement vite. Finalement, un frisson vient mourir entre mes omoplates, alors que je n’ai même pas froid. Une robe légère qui couvre mon corps, significatif de la chaleur que l’on peut encore avoir en journée dans cet état. Mes mains qui quittent doucement le métal pour venir en contact du tissu de mon vêtement. Se posant là, sur l’exubérance de mon ventre trahissant ma silhouette d’avant. Mon ventre plat que je ne regrette pourtant pas, lorsque je redécouvre chaque fois la joie de la sentir là, venir poser sa tête ou son pied, contre ma main à travers la seule chose qui me sépare d’elle. Cette impatience qui grandit en moi, chaque jour qui passe. De pouvoir la rencontrer, la serrer dans mes bras, l’embrasser. Un amour qui est né en moi le jour où j’ai su, même si je n’en avais pas eu conscience. Alors qu’il ne m’a pas laissé en avoir conscience surtout… La peur de ne pas pouvoir, de ne pas savoir faire. Pour la porter et la faire avancer dans ce monde. Alors que je ne savais même pas qu’elle était un elle. Mes yeux quittaient leur contemplation de la ville pour venir se poser sur mon ventre qui grandissait un peu plus chaque jour. Étirant ma peau alors qu’elle grandissait là, en mon sein. Au creux de mon ventre. C’est ce qu’il m’avait laissé de lui, sans pourtant le vouloir. Pouvais-je vraiment lui en vouloir ? Dans le fond, je savais, je l’avais toujours su… Mais ce n’était pas prévu, ça ne l’avais jamais été. Peut-être était-ce d’ailleurs pour cela que la vie m’avais fait cette farce. Un rire venait traverser mes lèvres à cette pensée que je trouvais ironique. Je savais que la contraception avait ses failles, le corps humain avait toujours un défaut quelque part, la technologie de l’homme aussi. Mon regard attendris sur mon ventre, alors que j’essayais d’imaginer son visage. Espérant sûrement y retrouver plus de lui que de moi… Mais qu’elle lui ressemble ou non, elle était forcément la moitié de lui et chaque jour où j’allais poser mes yeux sur elle. Je le verrais lui !

La fatigue bien présente alors que je dormais moins depuis quelque temps. Je n’avais pourtant jamais été sujette aux insomnies, et pourtant. J’accusais plus souvent que je ne l’aurais dû, le bébé. Alors qu’elle s’activait à me donner des coups, s’y amusant d’ailleurs plus souvent la nuit que le jour. Non pas sans me rappeler son père, oiseaux de nuit qu’il était… qu’il est sûrement encore. Le pincement au cœur que me provoque l’effet, de penser à lui. Le souvenir de nos moments ensemble. Et de la façon dont je suis tombée amoureuse de lui, à la fois doucement, mais aussi brutalement. À l’image parfaite de notre relation… Nouveau coup contre ma main qui vient me chasser de mes pensées. Comme si elle savait déjà pour mon propre bien qu’il fallait que je ne le fasse pas revenir dans ma tête. Que je me pense plus à ce que mon cœur ressent et surtout à ce déchirement, de sentir grandir son enfant en moi. Alors qu’il a volontairement disparu de ma vie. Ma main qui caresse doucement mon ventre légèrement rebondi, pour l’apaiser, comme pour lui dire que j’ai compris, que je n’y penserais plus.

Dans la salle de bain, face au miroir, je me regarde alors que je suis nue. De face, puis de profil. Mon ventre qui se voit après seulement six mois de grossesse. Mon état qui s’est caché jusqu'à mon cinquième mois, mais maintenant qu’il est là, ne laisse plus de place aux doutes. Même à travers des vêtements larges, mon ventre dépasse maintenant mes seins, tirant forcement sur le moindre tissu. Mes reins qui se sont cambrés sous la tension de mon ventre vers l’avant, me donnant une cambrure plus prononcée, qui serait facilement remarqué pour quelqu’un qui me connaît bien, à l’habitude de me regarder. Le jugement de mes yeux, qui n’est ni positif, ni négatif. Pour une fois, qu’il n’est pas négatif ! Mon corps qui change sous le poids de ma grossesse, mais qui pourtant, ne me dérange pas. Car la simple pensée de porter la vie me laisse un jugement plus souple sur ma personne. Ce qui ne veut pas dire que je suis en parfaite confiance et sûr de moi quant à l’avenir avec cet enfant. Mais je sais que je ferais de mon mieux, pour elle. Parce qu’elle le méritera, parce que même si ce n’est pas son choix, ni le mien au départ. J’ai tout de même choisi de la garder et lui donner vie. Et que pour elle, rien que pour elle, je donnerais ma vie pour que la sienne soit belle. Pas uniquement, parce que mon être est hanté par l’image de son père. Mais parce qu’elle a pris une place importante dans ma vie alors qu’elle n’est même pas encore avec moi totalement. Parce que pour elle, je me sens capable de déplacer des montages, de décrocher la lune, de donner ma vie dans l’unique but qu’elle puisse vivre ! L’amour inconditionnel que j’éprouve pour elle et qui pourtant se retient à l’aide de cette chose-là, à nouveau sous mes doigts qui la protège alors qu’elle grandit encore.

Nuit agitée. Sommeil sans rêve duquel je me tire alors qu’un violent coup dans le ventre vient de me faire changer de position. Grimace qui se lit sur mon visage tout en me remettant sur le dos, jambes que je plie les faire venir presque contre la pointe de mes fesses. Mes mains qui caressent ma peau alors que je la cherche. Je veux savoir où elle se trouve et comment. La forme dure et ronde qui vient seule contre ma main et me fait sourire. Contact qu’elle vient chercher avec moi chaque fois qu’elle est réveillée. Sourire qui se dessine l’espace d’un instant, qui pourtant disparaît aussitôt alors qu’un nouveau coup martèle l’intérieur de mon ventre. L’enfant qui bouge, quitte ma main alors qu’elle prend soudainement l’espace dont elle dispose comme une boite de nuit, ou un pushing ball. Mes paumes qui parcourent l’espace de ma peau, mon ventre tendu sous mes doigts. « Alors bébé, qu’est-ce qui t’arrive cette nuit ? » Dis-je d’une voix douce, alors que j’essaie de trouver une quelconque connexion avec elle dans ma tête. Comme si le simple fait qu’elle soit en moi puisse établir un tel lien. Nouveaux coups qui me font encore grimacer, alors que je reste patiente, je n’ai que cela de toute façon… Devoir être patiente, essayer de la comprendre à travers la paroi utérine. La fatigue que je sens sur mes yeux qui me piquent alors que j’ai perdu mon sommeil depuis qu’il est parti. Le peu de répit que je gagne, puis perds depuis qu’elle s’agite en moi. Même si je dois bien l’avouer, je me sens moins seule… depuis qu’elle me donne des coups. « Calme toi bébé, je suis là. » Ma tête que je tourne sur l’oreille. Regardant une place éternellement vide. « Moi, je suis là ! » Des mots, pour la rassurer et mon cœur qui lui guide que jamais je ne l’abandonnerais. Que je préférais mourir que de devoir l’abandonner. La certitude que si elle ne peut pas compter sur la présence d’un père pour l’aimer et la protéger, sa mère le fera pour deux. « Chuttt... » Soufflais-je doucement alors que ma main captait enfin sa présence. La petite qui se calmait quelques instants le temps de nicher son crâne contre ma main à travers ma peau. « Je suis sûr que tu l’aimerais. » La conversation à voix haute, douce, que je commence rien que pour elle, peut-être un peu pour moi aussi. « Si tu savais à quel point il est beau… » Un sourire qui illumine mes lèvres alors que je revois le visage de Jed devant mes yeux. « Il est grand aussi ! Mais il a un sale caractère et j’espère que tu n’hériteras pas ça de lui ! » Mon ton qui se durcit un peu sur la fin de ma phrase alors que je mets ma fille en garde, même si tout semble déjà annoncer un sacré caractère dans cette petite. « Je suis sûr que tu l’aimerais… » C’est évident en sachant à quel point moi je l’aime…Une larme qui perle au coin de mes yeux alors que la cruelle vérité me frappe en pleine gueule. Il me manque… Et pas seulement son corps, pas seulement nos étreintes… c’est lui tout en entier qui me manque… Mes larmes qui coulent, silencieuses. Mon corps que je tourne à nouveau alors que l’être en moi semble s’être enfin endormi, à mon détriment à moi… car je sais déjà que ce sera une nuit blanche pour moi à présent. Point que je fixe dans la nuit, dans la pénombre de la chambre perturbée par la lueur de la lune, des volets que je n’ai pas fermé. L’espoir, là dans le fond. L’espoir qu’il revienne, infime, presque inexistant d’ailleurs. Mais pourtant là…

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MessageSujet: Re: [Rps Solo Olivia & Jed]   Jeu 7 Sep - 19:34


7 Décembre 2017, Lakeview


Je tiens ma tasse entre mes deux mains. La fumée du chocolat chaud qui s’en échappe, alors que mon épaule est appuyée contre le montant de la porte-fenêtre. Je regarde le paysage blanc qui perce à travers mes vitres. Ma terrasse et le mobilier qu’il contient entièrement recouvert d’un manteau blanc. Je porte ma tasse devant mon visage, soufflant doucement sur le liquide chaud afin de le refroidir plutôt que de le boire. Les manches de mon pull sur lesquelles j’ai tellement tiré que les extrémités recouvrent la moitié de mes mains. Je penche un peu la tête et je viens l’appuyer contre la fenêtre. Pensées qui vagabondent alors que mon reflet dans le carreau me renvoie l’image de mon ventre du haut de mon huitième mois de grossesse. Je pourrais me sentir coupable de me sentir aussi sereine là où tant d’autre femmes. Tant de futures mères ont peur. Peur du délai qui approche, de mal faire, de ne pas être prête. Cela fait un moment que je suis prête. Surtout ici, dans cette tête. Et même dans ce cœur. Je n’attends plus qu’elle depuis des mois. Le temps est passé finalement si vite. J’ai eu tout le temps d’apprendre à la connaître. La sentir grandir. M’habituer à cette idée qu’un petit être allait à jamais, être dépendant de moi. De mes choix, de mes actes. Mes pupilles émeraude suivaient les flocons qui tombaient lentement au rythme du vent. Un soupire venait traverser ma gorge alors que je quittais la fenêtre pour poser ma tasse sur la table derrière moi. Traversant à présent le couloir pour gagner la salle de bain afin de prendre une douche. Je m’habillais chaudement, enfilant le premier pull qui me passait sous la main, acheter il y a quelques mois en prévision de la fin de ma grossesse qui se passaient en hiver. Mais j’avais visiblement mal évalué la taille que mon ventre allait prendre. J’enfilais tant bien que mal mes bottines, n’ayant plus accès à mes pieds, c’était surtout dans le mal, que dans le bien… Une écharpe bien chaude autour du cou et j’étais sortie de mon appartement, fermant derrière moi. J’aurais pris ma voiture s’il m’était encore possible de conduire. Mais mon ventre m’avait forcé à reculer le siège à tel point que mes pieds ne touchaient même plus les pédales à présent. J’allais devoir marcher. Et une chose était sure… je n’étais pas arrivée de sitôt…

C’est essoufflé, mais enfin arrivée à bon port que je me retrouvais devant les grilles du cimetière de la ville. Le regardant de toute leur hauteur. Me sentant infiniment petite à côté d’elles. Je faisais grincer le portique en le poussant pour entrer. Mon regard parcourant les allées bien alignées et entretenues. Un frisson remontait le long de ma colonne vertébrale et je resserrais alors mes épaules contre mes oreilles et mes bras le long de mon corps pour me donner chaud. J’avance dans la première allée. Un an. Une année qu’elle est là et pas une fois je n’ai eu le courage de venir la voir. Et ce n’est même pas pour fleurir sa tombe. J’avance, scrutant les pierres tombales dans l’espoir d’avoir une aussi bonne mémoire que je ne l’espère. Tellement de choses sont arrivées depuis la dernière fois que je suis venue ici. Maxym était encore de ce monde et elle était aussi encore mon amie. Ça me semble si loin aujourd’hui… Pourtant seul quelques mois me séparer de ses évènements. La dernière fois que j’ai foulé ces allées, je venais de quitter Nolan après neuf années. J’étais seule. Même si on pouvait croire qu’aujourd’hui, c’était encore le cas. Bien que d’une certaine façon… Pourtant, je ne l’étais pas. Je ne l’étais plus ! De loin, je reconnaissais sa tombe et un sourire venait alors naître sur mes lèvres. Cette sensation de plénitude ne m’avait toujours pas quitté. Et si à une époque j’avais énormément de rancœur pour elle. Tout avait disparu aujourd’hui. Comme si cette grossesse, m’avait réconcilie avec tous mes démons du passé. Comme si un chapitre s’était enfin fermé et que le nouveau ne faisait que commencer.

Je me stoppais devant la stèle. Mains enfouies au plus profond des poches de mon manteau d’hiver doublé, mais pas triplé à mon grand regret. Tucson me manquait pour ses températures plus chaudes… Je soupirais un nuage blanc sortant alors de ma bouche. Choc de l’air chaud en contact soudain avec l’air ambiant. « Bonjour maman. » Mon cœur se serait un peu cependant. Alors qu’un sourire venait naître sur mes lèvres, une tristesse que je n’avais plus ressentit s’imprégnant doucement dans mon cœur. « Ça fait bien longtemps que j’aurais dû venir. Mais… » J’ai eu un tas de choses à faire ? A gérer ? Pourquoi lui mentir, puisqu’elle n’est plus là de toute façon. « Mais j’ai simplement pas eu le courage de venir te voir. » Est-ce que cela fait de moi une enfant ingrate pour autant ? J’humecte mes lèvres en me les mordant un peu. « Je t’ai amené quelqu’un, maman. » Je penche un peu la tête sur le côté, mon sourire un peu triste qui s’agrandit. J’ouvre alors mon manteau, laissant découvrir mon énorme ventre, comme si cette tombe était mon lien direct avec ma mère là-haut. Comme si par cet unique point elle pouvait me voir. Je baisse la tête tout en caressant mon ventre d’une main par-dessus mon pull pour ne pas avoir plus froid encore. « Tu aurais été si heureuse de devenir grand-mère. » Silence. Le vent en profite pour se lever un peu, la neige n’ayant jamais cessée de tomber. « J’aurais aimé que tu puisses la connaître. » Ma voix se brise alors qu’une larme perle au coin de mes yeux. « J’aurais tellement aimé que papa et toi soyez là pour la voir grandir. Pour que vous soyez fière d’elle. » Un sanglot traverse ma gorge alors que j’imagine ma fille jouant au milieu de ses grands-parents. Un moment qui ne sera jamais réalité. « J’aurais aimé qu’elle puisse vous rendre fière et qu’à travers elle, vous le soyez de moi… » Je veux ajouter quelques choses, mais ma bouche reste ouverte sans que le reste n’arrive dans l’immédiat.

Je finis par me pencher pour venir m’asseoir près de sa tombe. Le mouvement qui m’arrache une moue de douleur dûe aux récents évènements. « Je regrette de vous avoir autant déçus. Et .. » Le monologue peut sembler bizarre, pourtant, tout comme avec Marcus il y a quelques mois. J’ai ce besoin de vider mon sac et de faire table rase du passé. « Je suis désolé de t’avoir jugé de la façon dont je l’ai fait. » Je fronce un peu les sourcils, regardant mon ventre alors que je sens quelques mouvements dans mon ventre. Bien qu’ils sont nettement moins violents depuis que la petite n’a plus beaucoup de place là-dedans et surtout depuis qu’elle s’est enfin retournée. « Je comprends. » Nouvelle pause. « Je comprends pourquoi tu ne m’as rien dit. Même si j’aurais aimé connaître la vérité de ta bouche et non de celle d’un … » Inconnu. Un rire ironique secoue mon visage alors que je secoue la tête de droite à gauche. « .. de son père. » Je relève le nez posant mon regard sur le nom inscrit en lettres d’or dans la pierre. « Qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ? Hein ! Maman… » Je baisse à nouveau la tête en la secouant encore une fois. « Qu’est-ce que je vais bien pouvoir dire à ma fille quand elle commencera à me demander pourquoi elle n’a pas de père… » Le flash-back est alors violent. Si violent qu’il me donnerait presque mal au crâne. Moi enfant qui pose cette même question à ma mère. C’est flou, ça semble si irréel. Comme si mon esprit était en train dès les créer de toute pièce. Pourtant, je me vois à la même place que ma mère, avec une petite tête blonde portant les traits de son père, me posant cette question. « Est-ce que pour son bien, j’ai le droit de lui avouer que son père ne voulait pas d’elle ? » La réponse est pourtant toute faite. Non… Je ne veux pas voir souffrir mon enfant, pas à cause de moi, ni à cause de son père.

Un soupire traverse mes lèvres et mon regard vagabond dans le cimetière désert. « Je comprends aujourd’hui. Je comprends enfin pourquoi tu n’as pas pu. Pourquoi tu n’as pas refait ta vie non plus. » Je me pince les lèvres tournant le regard sur la pierre. « Je l’aime tellement que… » Les larmes perlent aux coins de mes yeuxs alors que je détourne le regard une fois encore, presque honteuse d’avouer tout cela… enfin… à voix haute. « Je l’aime à un point que je n’aurais jamais pu imaginer et aucun autre n’arrivera à combler le vide qu’il a laissé. Quand j’y pense et que j’imagine l’avenir. Chaque fois, c’est pareil… » Je lève une main pour venir chasser mes larmes, en vain. « Ce serais comme prendre un remplaçant dans une pièce de théâtre. Même si l’acteur peut être bon. Il n’égalera jamais la tête d’affiche. » Le silence s’installe à nouveau. Je bouge un peu pour venir placer mon dos contre la pierre. L’arrière de ma tête qui vient y reposer aussi, alors que je ferme les yeux. Mes inspirations et mes expirations que je tente de contrôler un maximum face à la douleur qui traverse soudain mon corps. Le médecin de l’hôpital m’avait bien dit de ne pas top forcé, de ne pas faire de longue marche et de rester au calme. Qu’il fallait surtout que je me ménage pour ne pas provoquer l’accouchement plus tôt. C’était encore trop tôt. Elle pouvait courir un risque si elle venait à naître maintenant. Il lui fallait encore au moins trois semaines pour ne pas être une prématurée. Ma bouche qui se crispe dans une mimique de douleur alors que j’accuse la contraction. Une contraction de préparation. De mon corps qui se prépare déjà pour la délivrance. Bien qu’un peu trop tôt. Bouleversement de mon corps provoqué par un connard dégénéré… Je m’en serais bien passé ! J’ouvre les paupières, levant les yeux au ciel. Malgré la douleur, je me sentais apaisée. Je pouvais presque la sentir. La présence bienveillante de ma mère, là. Juste à côté de moi alors que dans quelques semaines ça allait être à mon tour de prendre cette place si particulière. « Je t’aime maman. »

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